Live report : Kill It Kid
Le service publique a décidément du bon. Surtout lorsqu’une radio, en l’occurrence Couleur 3, a un budget suffisant pour inviter ses auditeurs au concert privé de l’un des groupes les plus intéressants du moment. Sans grandes attentes, je participe au concours, un rapide bulletin à remplir sur le site et plus qu’à attendre qu’une main innocente, effleure puis saisisse mon nom. une dizaine de jours plus tard, je reçois par courrier deux tickets d’invitation. Ca fait plaisir de voir que mes impôts ne servent pas qu’à acheter des avions de chasse.
Dimanche 19h00 précise, les quatre membres de Kill It Kid débarquent presque mains dans les poches, visiblement un peu intimidés. Ils ne savaient apparemment pas à quoi s’attendre, et on peut les comprendre. Une salle de concert complètement équipée au sein même d’une radio, c’est peu commun.
Première surprise, ils me paraissent particulièrement jeunes. Du moins plus jeunes que je ne me les avais imaginés. La chanteuse-guitariste ressemble à un mix entre Avril Lavigne et Taylor Michel Momsen, le bassiste lui a une dégaine de grand surfer australien en début de carrière, le batteur avec sa chemise noire donne la touche élégante contrastant avec les autres, et le chanteur guitariste avec ses cheveux lui couvrant la moitié du visage ressemble au fils de mon voisin… Bon. Faudra s’y faire, je n’ai plus 20 ans, et les jeunes talents eux, sont toujours aussi jeunes.
Une courte interview commence, dans laquelle ils parlent de leur musique, plutôt inattendue de la part de jeunes anglais. Kill It Kid c’est des chansons qui suintent le blues du bayou, l’americana et le gospel sur fond de rock garage. Intéressant, mais inattendu. Deux ans après leur premier album éponyme, ils sortent Feet Fall Heavy, un album qui appuie encore d’avantage le côté blues poisseux. Ils évoquent des groupes comme The Dead Weather ou The Black Keys, ainsi que celui qui est au sommet de la chaine; Led Zeppelin.
La particularité de ce deuxième album c’est que l’on y entend des paroles de prédicateurs ou des chants de prisonniers et de travailleurs noirs enregistrés dans les plantations et églises du sud des Etats-Unis. Nos quatre anglais jouent par dessus ces enregistrements. Les prédicateurs prennent la forme de pédales en live et elles sont actionnées pas le guitariste et le bassiste.
19h15, on passe aux choses sérieuses. D’entrée, les Kill It Kid envoient la patate. La voix de Stéphanie (chant piano) envoute en quelque secondes se mêlant aux guitares imposantes de ses collègues et je suis surpris à quel point son interprétation semble naturelle. Elle chante comme elle parlait, avec une aisance déconcertante. Mais c’est surtout la voix de Chris (chant guitare) qui me scotche. Une voix rauque, écorchée qui a encore plus d’épaisseur en live que sur disque. En fermant les yeux, on pourrait facilement croire que l’interprète a 15 ans de plus. Ils enchaînent les titres brûlants de leur dernier album comme « Wild and Wasted Waters », dont la réussite était prévisible, tant ce morceau a les caractéristiques du tube imparable. Moment de grâce avec le superbe « Pray On Me » interprété en duo et qui donne presque les frissons, mettant tout le monde d’accord. Ces gosses, ne sont pas là pour rigoler. Les titres s’enchaînent, et leur style se dessine toujours d’avantage sur cette toile qu’ils ont peinte en à peine 45 minutes. Le format oblige, après un rapide rappel, et après avoir poliment remercié le public pour l’accueil, nos quatre têtes blondes s’en vont poursuivre leur tournée européenne. En sortant je n’avais qu’une seule envie, me remettre à écouter leur disque, tout en étant intimement convaincu que les Kill It Kid, sont loin d’être un produit saisonnier.
