Idle Warship, vrai-faux départ
Talib Kweli et Res, c’est une grande histoire d’amour qui a commencé sur le titre Where Do We Go, issu du premier album solo du rappeur de Brooklyn, il y a de cela presque dix ans. Après de multiples collaborations, ils décident de prolonger l’aventure en créant une entité à part entière: Idle Warship.
Après une première tentative en 2009, en compagnie de la rappeuse Graph Nobel qui a momentanément rejoint le projet, l’essai rencontre quelques difficultés à éclore et finit par devenir une mix-tape. Cet enregistrement intitulé Party Robot, posait les jalons de l’univers d’Idle Warship, un mélange de Hip Hop, Pop et de RnB servi avec des avec nappes électroniques. Le projet sera rendu disponible en téléchargement légal sur le site officiel du groupe. Une franche réussite, qui néanmoins était un peu inégale par moments, l’effet mix-tape sans doute.
Il faudra attendre octobre 2011 pour réentendre parler du duo. Cette fois-ci c’est officiel, l’album est ficelé, ce sera une sortie en bonne et due forme. Ils le revendiquent officiellement comme leur premier album, et réalisent ainsi, un vrai-faux départ. Bien que Talib Kweli ait une renommée conséquente dans le milieu du Hip Hop, ce projet s’éloigne considérablement de son travail habituel. Les fans de la première heure ne suivront pas, il en est le premier conscient. Res quant à elle a eu un succès d’estime avec How I Do, son premier album solo, mais depuis, pas grand-chose à l’horizon. Un problème se pose: Idle Warship trouvera-t-il son public? Les doutes sont justifiés, et c’est à cet instant qu’ils ont une brillante idée. Ils réalisent un partenariat avec Spotify, la plate-forme de musique en streaming qu’on ne présente plus, et leur donnent l’exclusivité de leur album trois semaines avant sa sortie officielle. C’est une première. Jamais sur Spotify ça n’avait été fait. Conscients qu’ils ne vont pas se remplir les poches avec Idle Warship, Talib et Res trouvent-là un excellent moyen de se faire connaître et Spotify reçoit également une exclu qui lui fait un joli coup de pub. Tout le monde est gagnant.
Venons-en à Habits of the Heart. L’effet compilation de Party Robot s’est envolé, pour donner naissance à une œuvre tout à fait cohérente. Dès les premières secondes d’Ennemy, le titre d’ouverture, on est plongé au cœur de l’album, la tête la première. Commence là une succession de tubes redoutables. Les compos sont variées, les invités peu nombreux mais toujours présents au bon moment pour enrichir un titre et mettre la cerise sur un gâteau déjà bien garni. Par mis ces guests citons John Forté, Jean Grae, Michelle Williams (ex-Destiny’s Child), Kay Cola ou encore Chester French. Difficile de citer un titre plus qu’un autre, tant ils sont (quasiment) tous bons et affranchis d’une identité qui leur est propre. Toute comparaison semble pour le coup déplacée tant l’ensemble forme une entité indissociable. Sans révolutionner quoi que ce soit, les Idle Warship ont trouvé un son qui leur est propre et qui leur va à ravir. Quel plaisir d’avoir un album dansant et original, doublé de textes qui n’insultent pas notre QI. Habits of the Heart est tout simplement une des tueries de cette fin d’année, un OVNI dans le paysage sclérosé de la black pop US. Vous voilà prévenus!
Rédacteur de 29 ans, un peu éparpillé mais surtout passionné.